L’histoire d’EGO
Les années militantes : tout se met en place dans les réunions publiques
1985 Premières mobilisations des habitants du quartier de la Goutte d’Or autour des problèmes et des conséquences posés par les drogues dans le quartier. Deux sensibilités se profilent : « que fait la police ? » versus « que pouvons-nous faire ensemble ? ».
1986 À l’initiative de l’association d’habitants « Paris Goutte d’Or », un débat public sur la drogue dans le quartier est organisé. Ce débat est à l’origine du réseau qui donnera naissance ensuite à l’association EGO. C’est le moment fondateur du projet de l’association.
A ce moment, et aujourd’hui encore, EGO instaure ses réunions hebdomadaires, lieu de discussions et de décisions collectives, ouvertes à tous. Les premières permanences se tiennent dans les cafés du quartier.
1987 Déclaration à la Préfecture de police le 4 juin 1987 et publication, dans le Journal Officiel du 24 juin 1987 (page 1418).
« Papillon », jeune homme habitant du quartier, usager de drogues, suivi par l’association, décède victime d’une surdose. EGO se mobilise et organise un acte public de solidarité.
1988 Des permanences régulières, animées par des bénévoles, voient le jour au 25 rue Léon, dans un local prêté par une association du quartier (ADCLJC).
Première reconnaissance officielle et premiers financements
1989 EGO obtient sa première reconnaissance « officielle » au travers de la première convention signée avec le département de Paris pour l’année civile 1989.
L’association obtient aussi, par le biais d’un financement du Comité Français d’Éducation à la Santé, les bases financières lui donnant son autonomie et s’installe dans un local au 11 rue Saint Luc.
Embauche de la première permanente : Leïla CHALA.
A la recherche de la communication et du dialogue
1990 Le journal « Alter Ego » est créé. Le n° 1 est dédié à une ample réflexion sur l’intérêt des médicaments de substitution à l’héroïne, pas encore généralisés en France.
Embauche du premier Directeur : Ramon NEIRA.
EGO découvre l’Europe et se lance dans la coopération internationale
1991 EGO se lance dans la coopération européenne par la co-organisation du colloque s’intitulant « Toxicomanie et travail communautaire : vers de nouvelles perspectives » à Barcelone, financé par la Commission Européenne.
Parallèlement, l’association initie sa première recherche action sur la « Prévention du sida et de l’infection par le VIH, à la Goutte d’Or », (juin 1990 et juillet 1991).
1992 EGO poursuit son parcours de coopération internationale par l’affirmation des droits des usagers de drogues au travers de la co-organisation, avec la ligue Genevoise des droits de l’homme et le Réseau européen d’approche communautaire, du colloque « Drogues et Droits de l’Homme » à Genève.
Cette année marque aussi le lancement de l’opération « pochettes pharmacies ». L’association propose une action de prévention du Sida en direction des usagers de drogues par voie intraveineuse, pour faciliter l’accès aux seringues et améliorer la communication entre usagers de drogues et les acteurs de santé de première ligne que sont les pharmaciens de la Goutte d’Or.
1993 EGO réalise la recherche action sur les « conditions de transférabilité d’expérimentations sociales de type communautaire » dans le cadre d’une opération transnationale entre la France et le Portugal, avec des financements du Fonds Social Européen. Pour la première fois, EGO engage une réflexion systématique autour de l’approche communautaire liée aux drogues.
Ce projet a également développé un programme de « formation de formateurs » et a étudié différents programmes portugais, in situ.
STEP by STEP dans la réduction des risques :
quelques batailles victorieuses
1994 EGO intègre le collectif « Limiter la casse » groupe de réflexion et d’action visant l’accélération de la mise en œuvre de la politique de réduction des risques en France.
L’association participe aussi à l’organisation des Etats Généraux « Drogue et Sida », organisés par ce collectif, au Palais des Congrès, à Paris.
EGO obtient, ensuite, l’agrément préfectoral du ministère de la Jeunesse et des Sports en tant qu’ « association de jeunesse et d’éducation populaire ».
1995 Le 2 novembre EGO ouvre son Programme d’Echange de Seringues « STEP » au public, premier programme « fixe » de réduction des risques en France.
L’héroïne prend le large : l’arrivée en force du crack
1996 EGO réalise sa première évaluation interne, comme axe important de son travail de réduction des risques. Elle met en évidence que les usagers de crack deviennent à partir de 1996 majoritaires parmi les usagers fréquentant l’association.
Pour faire face à cet important développement de la consommation du crack dans le quartier, EGO engage une recherche action sur le crack à la Goutte d’Or. L’originalité de ce travail repose sur l’intégration d’usagers comme acteurs/auteurs de la recherche.
Les années de la maturité : l’importance de l’évaluation et de la recherche
1997 EGO s’installe dans des nouveaux locaux, plus grands et beaucoup plus adaptés à ses besoins, situés au 13 rue Saint Luc.
Pour répondre aux besoins d’un public d’usagers de drogues de plus en plus paupérisé, EGO met en place le programme NUTREGO. Son objectif était l’amélioration du niveau nutritionnel des usagers de drogues par l’offre journalière de repas équilibrés.
1998 La réussite du programme NUTREGO permet à EGO d’obtenir le prix de la Fondation de France pour la qualité de ses actions auprès des personnes toxicomanes et des personnes concernées par le VIH.
Les usagers de drogues s’affirment et font avancer EGO
1999 EGO participe à une réflexion européenne, le Projet SYNCHRA. Celle-ci amène à la signature d’une convention avec la Commission de l’Union Européenne sur le thème « toxicomanie et exclusion sociale, une réflexion transversale entre Manchester, Barcelone, Paris et Genève ».
Cette année est marquée aussi par la création du « Comité des usagers de l’association » comme instance autonome dans le fonctionnement d’EGO.
2000 Le Comité des usagers élabore la Charte des usagers de l’association, affirmant par cette action, la citoyenneté active des usagers de drogues.
2001 EGO obtient le diplôme décerné par l’European Crime Prevention Award en reconnaissance de l’action et des résultats obtenus dans le champ de la prévention de la délinquance.
2002 L’association produit un rapport d’évaluation interne 1999-2001 intitulé « Comparatif des publics du PES (STEP) et du Centre d’Accueil ».
La marche de la réduction des risques :
les progrès obtenus par la mise à disposition du « kit-base »
2003 Cette année a été riche en évènements traduits par :
L’équipe de STEP met en place un nouvel outil de prévention et de réduction des risques en direction des usagers de crack, le « kit kiff » ;
L’association est élue au bureau du Conseil de quartier ;
L’association est labellisée « Boutique » par la DASS ;
Elle réalise son premier rapport conjoint d’évaluation interne, intitulé « une analyse qualitative des pratiques du Centre d’accueil et du PES (STEP) et EGO » ;
L’association coproduit avec la Coordination Toxicomanies 18 et l’association Salle Saint Bruno le document « Drogues et environnement social urbain : analyse de l’impact d’une expérience de réduction des risques sur la population locale. L’exemple de la Goutte d’Or ».
2004 Réalisation de l’évaluation du « kit base » ex-kit kiff, nouvel outil de réduction des risques, conçu avec, et pour, les usagers de crack par voie fumable, avec le soutien méthodologique de l’OFDT (Observatoire Français des Drogues et Toxicomanies).
La recherche-action menée au sein du PES « STEP » concernant les « usagers de drogues de synthèse en milieu urbain » est publiée ; cette recherche a été réalisée avec le soutien financier de la MILDT (Mission Interministérielle de Lutte contre la Drogue et les Toxicomanies) et de l’ORS (Observatoire Régional de la Santé), pour les aspects méthodologiques.
2005 Une nouvelle recherche action intitulée « Crack, pathologies associées et soins » est réalisée, grâce aux crédits de la MILDT. Cette recherche lance le projet d’un Centre de soins particulièrement destiné à ces usagers.
L’association co-organise et co-préside la 3ème conférence latine liée aux usages de drogues (CLAT 3) à Barcelone, profitant de l’énorme richesse des « années CLAT ».
EGO intègre le projet « Démocratie, Ville et Drogues » sous l’égide du Forum Européen pour la Sécurité Urbaine et financé grâce au soutien de la Commission Européenne.
EGO, dans le Conseil de quartier : une place légitime reconfirmée
2006 L’association est réélue au Bureau du Conseil de quartier Goutte d’Or/Château Rouge. Cette élection met en évidence la forte intégration d’EGO dans la Goutte d’Or.
L’association développe, à titre expérimental, le Centre de soins avec pour perspective son habilitation comme Centre Spécialisé de Soins aux Toxicomanes (CSST).
Le Centre d’accueil et le PES-STEP deviennent établissement médico-social et obtiennent le label Centre d’accueil, d’accompagnement et de réduction des risques pour les usagers de drogues (CAARUD).
A la fin de l’année, enfin, le Centre de soins d’EGO obtient son habilitation officielle et devient CSST.
Dans la poursuite de notre utopie : le tournant capital du soin
2007 Pendant sa phase expérimentale, le Centre de soins confirme l’urgente nécessité de développer des interventions thérapeutiques spécifiques aux « crackers ». En conséquence, EGO est amenée à réaliser d’importants travaux de réaménagement qui réorganisent l’association en 3 grands pôles :
- Le PES-STEP qui continue ses activités dans ses anciens locaux ;
- Le secteur administratif qui se détache de l’accueil du public et qui s’installe dans un local aménagé à ces fins ;
- Le Centre d’accueil et le CSST s’installent dans un même lieu, dans une contiguïté physique visant à favoriser l’accès aux soins des usagers de crack. Mais aussi pour mieux répondre, par ce travail, aux besoins complexes des usagers de drogues, par l’articulation entre réduction des risques et soins. En partenariat avec l’hôpital Fernand Widal (APHP), le CSST engage un protocole inédit et spécifique au traitement de la dépendance au crack.
2008 Avec le soutien financier de la MILDT (Mission Interministérielle de Lutte contre la Drogue et la Toxicomanie), cette année voit la mise en place d’un processus d’évaluation interne du CSST initialisé fin 2007 et concrétisé en partenariat avec un prestataire extérieur (ACADIE Coopérative Conseil).
Sous l’impulsion de nos organismes de tutelle et en lien étroit avec différents partenaires intervenant dans le champ de la réduction des risques dans le nord-est parisien, nous sommes intervenus sur le squat de Saint-Denis, le but principal de cette initiative étant de coordonner la gestion des usagers de drogues sur le site de La Briche tout en veillant à la réduction des risques sanitaires et sociaux.
2009 L’équipe du CAARUD renforce son travail de rue par des sorties en camion dans le nord-est parisien (principalement dans le 18ème arrondissement de Paris) dans le but de créer un premier lien avec des usagers qui ne fréquentent pas nos structures et par ce moyen veiller à une réduction des risques plus efficace.
Conformément aux nouvelles directives législatives, le CSST devient CSAPA (Centre de Soin d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie).
Et l’aventure continue par le développement de nouveaux partenariats…



